Nos Constitutions

CONSTITUTIONS
DE LA COMMUNAUTÉ DES ORANTES-APÔTRES
de la LAURE ABANA- NOTRE PÈRE





Toula-BATROUN

LIBAN

6 août 2019

Introduction générale

Genèse de la Communauté

" Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une Vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion de l’Esprit Saint, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuva de son autorité. Á partir de là se développa providentiellement une admirable variété de sociétés religieuses..."[1]

" Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et de Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. "[2]

En 1997, sa sainteté le Pape Jean Paul II, ne cache pas ses inquiétudes à l’égard de la situation des consacrés au Liban. Il invite les religieux et les religieuses qui sont au Liban à « analyser, en vérité, leurs modes de vie et leurs façons de témoigner de l’Évangile et d’accomplir les missions qui leur sont confiées. Ils s’assureront ainsi qu’ils restent fidèles aux intuitions d’origine de leurs fondateurs et qu’ils demeurent pour les hommes de leur temps, des témoins du Christ et des exemples de vie chrétienne, par la vie communautaire et par la pratique des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Le Seigneur nous ordonne, en effet, de soigner ceux qui chancellent et de viser d’abord le profit du prochain avant ce qui nous plaît (Cf.Tt 2,12). D’autre part, leur mission exige une grande fidélité à l’idéal de toute vie consacrée et à l’orientation propre des fondateurs, ainsi qu’un esprit créatif pour répondre aux attentes des hommes et pour faire face aux besoins spécifiques de l’Église[3] ».

L’arbre de vie ou Constitutions de la Communauté des Orantes-apôtres de la Laure Abana- notre Père prend chair d’une part dans l’expérience spirituelle de la fondatrice Brigitte May, et d’autre part dans celle de Laurence Delacroix, la première disciple, venue en 2002 pour vivre la vie érémitique de sœur Brigitte.

Cette fondation personnelle commença à s’ériger en Institution canonique par l’acte de reconnaissance « ad experimentum » d’une Maison de Prière[4], le 14 septembre 2005 par S. Exc. Monseigneur Paul Emile Saadé, Évêque de Batroun ; puis par le second acte de reconnaissance de la Communauté appelée « Communauté des Orantes de la Laure Abana », le 17 avril 2011, par le même Monseigneur Saadé. Enfin par la reconnaissance canonique des « Constitutions de la Communauté des Orantes-apôtres de la Laure Abana-notre Père », le 6 août 2019, par S. Exc. Monseigneur Mounir Khairallah, Évêque de Batroun.

1 - L’expérience de Brigitte May, fondatrice.

En 1984, à Paris, au cours d’une nuit de feu, Dieu illumine en Christ la fondatrice : « Brigitte tu n’étais plus là, moi j’étais là, tu ne me quitteras plus, tu seras ermite ». Elle découvre alors l’immense tendresse guérissante du Père qui l’appelle à l’Amour infini, donc à la Réconciliation et à la Communion universelles.

En juillet 1986 elle fut conduite au Liban suite à des contacts fortuits puis prolongés avec des religieux et religieuses orientaux. Lors de ce premier voyage, Brigitte se rendra au cœur de la montagne libanaise, tout au fond de la Vallée Sainte, la Bethléem du Liban, embaumée de vertu et d’héroïsme. Alors en visite de l’une de ces grottes, celle de Saint Antoine le Grand, Brigitte crut entendre- pour la seconde fois la voix du Seigneur : « Brigitte, c’est sur cette terre que tu seras ermite ». Mais elle ne désirait pas rester au Liban car elle avait établi en France, avec ses élèves du lycée Saint Thomas d’Aquin à Paris rue de Grenelle, une mission auprès des jeunes paumés sur les quais de Notre Dame de Paris. Cependant comme cet appel demeurait en son esprit, décida-t-elle d’aller rencontrer le Père Boulos Najem, Supérieur général des Missionnaires Libanais, qu’elle connaissait bien. Aussitôt arrivée près de lui au Collège des Apôtres, le père la voyant, laisse tomber son journal, se lève, et lui pose la main sur la tête en lui disant : « Brigitte, toi ici ? J’espère que tu seras ermite sur cette terre ». La même parole entendue dans la grotte ! Á ce moment-là, Brigitte s’étonne et raconte

son expérience dans la grotte, et celui-ci, stupéfait, confirmera immédiatement l’appel du Seigneur. Aussitôt dit aussitôt fait, en septembre de la même année, Brigitte démissionne de son poste de professeur à Paris pour rejoindre le Liban.

Son père spirituel Emmanuel Khoury (Ordre Libanais Maronite), avec lequel elle a passé une semaine de prière et de réflexion au monastère de Sainte Rafqa lui expliqua que pour être ermite, elle devrait vivre près d’un couvent, avec des religieuses, au moins huit à dix ans ; aussi, a-t-elle cherché à mettre en œuvre cette « lumière » dans une prière de plus en plus profonde et dans son apostolat d’enseignante chez les religieuses de la congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille, et par un service des pauvres et des blessés de la vie pendant les douloureux événements qu’a connus le Liban (1986-1993).

En juillet 1993, elle commence à embrasser la vie érémitique dans une petite cave en pierre à Toula-Batroun, avec la permission du Vicaire apostolique pour les latins au Liban, S. Exc. Monseigneur Paul Bassim. Le 26 février 1996, elle prononce ses vœux privés d’ermite[5] dans les mains du Révérend père Augustin Dupré La Tour (SJ) - délégué par Monseigneur Paul Bassim - et en présence de Monseigneur Charles Molette[6], au cours d’une messe célébrée à Toula. Ce fut alors une expérience de maturation souvent semée de rudes et incompréhensibles épreuves qui la conduira à prononcer ses trois vœux publics[7] le 2 février 2001 devant le Vicaire apostolique pour les latins au Liban, S. Exc. Monseigneur Paul Dahdah.

Ses vœux privés et sa consécration publique firent d’elle une personne consacrée à la vie érémitique. C’est ce qui fait qu’à partir de l’année 2002 des personnes commencent à se présenter à elle en lui confiant leur sentiment d’être appelées à une vie semblable à la sienne. Elle ne pouvait pas leur refuser cette aide spirituelle et elles partagèrent ainsi progressivement sa vie de prière. Cette évolution non recherchée l’amène à prendre contact avec S. Exc. Monseigneur Paul Émile Saadé, évêque de Batroun, auquel elle demande conseil et discernement suite à l’incompréhension de Monseigneur Paul Dahdah. Monseigneur Paul Émile Saadé lui dira : « Sœur Brigitte, je ne vous laisserai pas partir de mon diocèse, vous êtes une grâce de prière pour le Liban et au-delà, vous pouvez faire revenir vos filles exilées sous ma responsabilité ».[8]

Ce dialogue débouchera ainsi, avec l’autorisation bienveillante de Monseigneur Paul Dahdah, sur son appartenance à l’Église maronite ; ce qui introduit la Communauté des Orantes-apôtres de la Laure Abana-notre Père dans une des Églises orientales de la Maison d’Antioche, de tradition syriaque, au sein du diocèse maronite de Batroun, sous l’autorité de son évêque, Monseigneur Paul Emile Saadé. Elle a alors demandé à Monsieur Toufic Ghorayeb de remettre le titre de propriété de la « cave de Toula » à Monseigneur Mounir Khairallah alors Vicaire général. C’est lui qui sera nommé « Père accompagnateur pour la bonne marche de la Maison ».

2 - L’expérience de Laurence Delacroix, co-fondatrice.

En 1994, Laurence assiste à l’un des témoignages de vie de la fondatrice à Angers, et elle se découvre alors aimée personnellement par le Christ qui lui révèlera l’amour du Père perdu qu’elle aussi cherchait.

Laurence retourna à l’église où, progressivement, le Christ-Offrande la guérit intérieurement ; elle chercha le plan de Dieu dans sa vie : elle reçut en locution l’appel à venir au Liban en 2002 pour prier auprès de, - dira-t-elle-, « cette petite ermite sœur Brigitte », après six ans de silence entre elles. Père Jean Slim, moine antonin officiellement nommé par Monseigneur Paul Dahdah aux côtés de sœur Brigitte et témoin de sa consécration, accepta qu’elle vienne en retraite de discernement quinze jours (le 17 avril 2002), puis une deuxième retraite de trois semaines (décembre 2002), puis six mois (le 23 juillet 2003). Au sein d’une messe célébrée par les pères Jean Slim et Augustin Dupré La Tour le 25 juillet 2003, Laurence fera l’offrande privée de tout son être en tant que regardante à la vie érémitique. Le 26 février 2004, Laurence prendra l’habit et prononcera son engagement privé comme ermite-apprentie au cœur d’une messe célébrée par père Jean Slim, suivie de quatre exils douloureux qui confirmèrent Laurence comme co-fondatrice de la Communauté.

Á la Maison de Prière Abana, Laurence a suivi un règlement strict aussi exigeant que le règlement classique requis pour le noviciat ; elle eut, sous la conduite de l’ermite sœur Brigitte et sous celle du père Jean Slim, tout ce qui est nécessaire pour se consacrer à la vie érémitique, et cela avec le consentement de l’Évêque Monseigneur Paul Émile Saadé.

3 – La nomination providentielle de père Thomas Mouhanna.

  1. Exc. Monseigneur Paul Émile Saadé nomma officiellement en juin 2008 le père Thomas Mouhanna (Ordre Libanais Maronite) Père spirituel de la Communauté après la disparition subite de père Jean Slim. Après un certain temps d’observation, père Thomas dit à l’ermite sœur Brigitte en présence de sœur Laurence : « C’est très sérieux ce qui se passe ici, c’est eschatologique, tu dois écrire les Constitutions. Peut-être que vous serez souvent incomprises mais continuez avec courage, et demeurez à Toula, Dieu lui-même accomplira votre effort persévérant ». Se sentant si pauvres, c’est en tremblant qu’elles ont obéi. Après avoir prié longuement, elles décidèrent de fonder une Institution semi- érémitique répondant ainsi à la Volonté de Dieu manifestée à sœur Brigitte d’une façon directe, et à Laurence, d’une façon indirecte.

4 – L’intervention déterminante de l’Ordinaire du lieu, Monseigneur Mounir Khairallah.

Devenu évêque de Batroun succédant à Monseigneur Paul Émile Saadé le 25 février 2012, S. Exc. Monseigneur Mounir Khairallah confirma le Père Thomas Mouhanna dans sa charge de Père spirituel et lui demanda de réviser, avec Sœur Brigitte et sœur Laurence, les Constitutions à la lumière de la longue expérience vécue jusqu’ici et en référence au Droit canonique des Églises Orientales Catholiques. Il chargea le Père Pierre Tanios, canoniste du diocèse de Batroun, de proposer ses conseils canoniques pour la rédaction des articles. Il nomma ensuite monseigneur Boutros Khalil, Vicaire général du diocèse et canoniste, Père accompagnateur de la Communauté, et le chargea de relire avec celle-ci les canons déjà rédigés.

Après un long et dur labeur, et une relecture commune en présence de l’Ordinaire du lieu, Monseigneur Mounir Khairallah, signa le 6 août 2019, au cœur d’une messe célébrée à la Laure Abana - notre Père, la reconnaissance canonique des « Constitutions de la Communauté des Orantes-apôtres de la Laure Abana - notre Père ». 

Titre I 

Canons généraux

Canon 1 -

La Communauté des Orantes-apôtres à Toula dans le diocèse de Batroun est une Communauté semi-érémitique de droit éparchial soumise à l’Ordinaire du lieu. Elle se réclame de la patrologie maronite et syriaque.

Canon 2 -

Le Charisme de la Communauté des Orantes-apôtres - « l’adoration du Père dans la cellule intérieure » - s’explique par un surgissement inattendu de l’Esprit Saint accueilli dans l’expérience mystique et personnelle de la fondatrice, et vécu par elle dans la solitude érémitique d’une « cave-ermitage » à Toula.

Canon 3 -

La norme de la Communauté vise à fondre en un tout harmonieux les éléments juridiques et spirituels, en accordant la primauté à l’amour absolu de Dieu le Père en Jésus Christ, adoré par l’Esprit Saint dans le cœur intérieur. Elle vise également à protéger son identité, sa spiritualité et sa mission dans l’Église tout en respectant l’orientation de l’Ordinaire du lieu.

Canon 4 -

L’autorité dans la Communauté des Orantes-apôtres est un service ecclésial : « l’autorité s’exerce et se montre dans la capacité de service ».

Canon 5 -

Les Orantes-apôtres sont appelées par Dieu à jouir d’un don spécial dans la vie de l’Église et, chacune à sa manière, à aider celle-ci dans sa mission salutaire.

⸹1. Leur conception des Conseils évangéliques[9], reconnue par l’Ordinaire du lieu, est liée de près à leur vie et à leur sainteté dans la Communauté.

⸹2. Les membres de la Communauté renoncent au monde en se dévouant totalement à l’union au Cœur de Jésus Christ pour l’édification de l’Église, et le Salut du monde.

Canon 6 -

La Communauté des Orantes-apôtres s’insère parmi les Communautés ecclésiales avec leurs charismes propres, et reconnaît comme mère l’Amma-fondatrice.

Canon 7-

 Dans la Communauté des Orantes-apôtres, la fraternité est primordiale.

⸹1- Ses membres prêtent l’oreille au souffle de l’Esprit Saint dans la cellule intérieure, en vue de devenir en Jésus Christ « adoration perpétuelle du Père », intercédant pour l’Église au Liban, et dans le monde.

⸹2. Les Orantes-apôtres sont arrachées à leur vie ordinaire par le Père qui les configure à son Fils Unique Jésus Christ par l’action de l’Esprit Saint.

Titre II

Forme de vie

Canon 8 -

Les Orantes-apôtres, poussées par l’Esprit Saint, s’engagent par les trois vœux évangéliques à devenir un Évangile vivant.

Canon 9 -

La Communauté des Orantes-apôtres est dans l’Église une Communauté éparchiale, et cloitrée.

⸹1. Leur vie en solitude est issue de leur soif de l’amour absolu de Dieu Trine.

⸹2. La dimension de « seule à Seul », de cœur à Cœur, de face à face avec le Christ est essentielle pour permettre à l’Orante-apôtre, dans le silence, d’embrasser son chemin de croix et de lumière. Sa métanoïa est une transfiguration continuelle dans la lumière divine.

Canon 10 -

S’approcher de la lumière de la Transfiguration exige que chaque Orante-apôtre gravisse son propre Thabor, lieu du cœur libéré de toutes ses passions.

Canon 11 - 

Les Orantes-apôtres sous la motion de l’Esprit Saint, montent, escaladent, et gravissent le chemin ardu de la métanoïa pour arriver aux pieds du Seigneur. 

Canon 12 -

Le caractère semi- érémitique qui marque l’originalité de la vie spirituelle des membres de la Communauté des Orantes-apôtres leur permet de passer du chemin cénobitique à celui érémitique.

Canon 13 -

Leur vocation spécifique contribue :

⸹1. À l’édification du Règne de Dieu par leur vie de prière dans une solitude de communion et de fraternité.

⸹2. Au rayonnement de la spiritualité syriaque, à travers leur témoignage de vie.

Canon 14 -

Après l’assentiment de l’Amma, l’Ordinaire du lieu nomme un prêtre pour l’accompagnement spirituel de la Communauté. Il pourra résider sur place, et la Communauté le prendrait en charge.

Canon 15 -

La Communauté de droit éparchial maronite est gouvernée selon le Code des Canons des Églises Orientales, et le Droit particulier de l’Église maronite.

Canon 16 -

L’interprétation authentique des Constitutions relève de l’Ordinaire du lieu, et leur interprétation pratique, dans le but d’en harmoniser l’application dans les diverses Laures Abana - notre Père, et aux différents niveaux de la Communauté des Orantes-apôtres, relève de l’Amma avec son Conseil.

Canon 17 -

Les Orantes-apôtres cherchent à approfondir à la lumière de la foi les valeurs et le choix de la vie évangélique selon leurs Constitutions :

⸹1. Dans un itinéraire constamment renouvelé de conversion et de formation à la Laure Abana - notre Père.

⸹2. Ouvertes aux demandes qui viennent de l’Ordinaire du lieu et de la réalité ecclésiale, passant de l’Évangile à la vie et de la vie à l’Évangile en respect de leur Charisme.

⸹3. Dans la dimension personnelle et communautaire de cet itinéraire.

⸹4. Dans le service des retraitants (évêques, prêtres, religieux ou consacrés, et laïcs engagés).

Canon 18 -

La spiritualité des Orantes-apôtres implique une vie centrée sur la Personne du Christ en suivant ses traces vécues dans la Tradition Orientale maronite.

Canon 19 -

Le but de leur vie consacrée est l’union à Dieu, la déification.

Canon 20 -

Pour y arriver, elles étudient personnellement et assidûment la Sainte Écriture, guidées par la mère Amma responsable, et le père spirituel désigné par l’Ordinaire du lieu.

Canon 21 -

Jésus Christ crucifié, Vainqueur de la mort et ressuscité, Suprême manifestation de l’amour de Dieu pour l’homme, est « le Livre » dans lequel les Orantes-apôtres apprennent comment vivre, aimer et souffrir.

Canon 22 -

Les Orantes-apôtres imitent la vie de la fondatrice en suivant ses conseils, en écoutant ses exhortations jusqu’à désirer par-dessus tout l’Esprit du Seigneur, et Sa sainte Opération :

⸹1. Elles doivent respecter le Charisme qui est né de l’expérience mystique de leur fondatrice : un contact avec Dieu en Jésus Christ « de Personne à personne » par l’Esprit Saint ; un lien direct et permanent avec Dieu, le Vivant, qui a « le goût de la vie éternelle[10] ».

⸹2. Ce Charisme s’accomplit dans une mystique trinitaire, sacramentaire, biblique ; et dans une vie personnelle et communautaire.

Canon 23 -

En s’inspirant de la spiritualité et de l’enseignement de la fondatrice, et avec la grâce de l’Esprit Saint, les Orantes-apôtres vivront avec foi la grâce que le Christ leur a confiée, à savoir la Révélation du Père. Leur vie consacrée à Dieu est un pur témoignage de foi dans le monde :

⸹1. Á travers la vie semi-érémitique.

⸹2. Á travers la vie communautaire ou solitaire.

⸹3. Á travers le travail du « Jardin » à deux dimensions, extérieure et intérieure.

⸹4. Dans la joie comme dans la peine.

⸹5. Dans la rencontre des visiteurs et des retraitants.

Canon 24 -

Les Orantes-apôtres jouiront de la rencontre filiale avec Dieu en faisant de leur prière et de leur contemplation l’âme de leur propre vie, et de leur action. Elles chercheront à découvrir la Présence du Père dans leur être intérieur et leur agir, et de L’aimer dans l’autre.

Canon 25 -

Les Orantes-apôtres vivent dans un esprit de conversion permanente : leur participation à la célébration de l’Eucharistie, l’écoute et la méditation de la Parole de Dieu, la révision de vie, les retraites spirituelles en ermitage, l’accompagnement du père spirituel désigné par l’Ordinaire du lieu. Elles s’approcheront du sacrement de la réconciliation une ou deux fois par mois.

Canon 26 -

Les fruits de leur conversion sont visibles dans la relation paisible et joyeuse avec les membres de la Communauté.

Canon 27 -

Les Orantes-apôtres appliquent le jeûne et l’abstinence de tradition dans l’Église maronite.

Canon 28 -

L’Eucharistie est le centre de la vie des Orantes-apôtres qui y participent chaque jour, sauf le vendredi[11], en union avec l’Église universelle.

Canon 29 -

Les Orantes-apôtres prient[12] la liturgie des heures selon le Rituel Maronite.

Canon 30 -

Les Orantes-apôtres prennent pour modèle d’écoute de la Parole Marie, Mère du Christ :

⸹1. Elles expriment leur grand amour pour la Très Sainte Vierge Marie par l’une ou l’autre dévotion en vigueur dans l’Église maronite.

⸹2. Elles reçoivent de Marie la vocation d’être mère.

Titre III

Présence active dans l’église et dans le monde

Canon 31 -

Les Orantes-apôtres annoncent le Christ par leur vie et leur parole. Leur apostolat est le témoignage de leur chemin de foi à la Laure Abana-Notre Père, et le service de la construction du Royaume de Dieu dans les réalités quotidiennes.

Canon 32 -

Les Orantes-apôtres participent au Ministère de sanctification de l’Église dans le Silence de l’adoration du Christ-Offrande en devenant avec Lui enfant du Père.

Canon 33 -

Elles sont appelées à cette vie intérieure calme et silencieuse :

⸹1. En gardant les yeux fixés sur Jésus en la cellule intérieure du cœur, en répétant le Saint Nom de Jésus.

⸹2. En se retirant dans l’ermitage, le lieu des Noces, avec Jésus-Christ et le Père, en se laissant guider par l’Esprit Saint.

 

Canon 34 -

Les Orantes-apôtres vivent la fraternité avec les musulmans pour leur révéler par l’Esprit Saint Dieu le Père tout proche qui les attend en Jésus Christ notre Sauveur.

Canon 35 -

Le travail est un don sacré et une grâce pour les Orantes-apôtres de servir Dieu et le prochain, et un moyen de développer leur personnalité co-créatrice.

Canon 36 -

Les Orantes-apôtres établissent un équilibre entre le travail et le repos, et leurs loisirs sont simples et de qualité.

Canon 37 -

Après sa vie cénobitique, l’Orante-apôtre peut – seulement si Dieu l’y conduit – embrasser la vie érémitique:

⸹1. L’Orante-apôtre cénobite vit en ermitage mais aussi en présence de ses sœurs aux moments définis dans le Règlement interne, et peut accueillir les visiteurs.

⸹2. L’Ermite-apôtre se retire en ermitage après une vie communautaire épanouie et rayonnante, selon la sage Tradition maronite.

Canon 38 -

Les Orantes-apôtres, après leurs vœux perpétuels, portent une robe blanche avec un capuchon, symbole de leur désert, sur lequel est brodée la croix maronite. Autour du cou, le médaillon de la Croix maronite[13] est frappé de deux cèdres (emblèmes du Liban, terre sacrée où s’enracine Abana) et de deux palmiers (arbre des trois religions, convivial et protecteur, qui survit dans les conditions extrêmes du désert), au bout d’une chaîne signe de leur libre attachement à Jésus Christ.

Canon 39 -

Les aspirantes restent en habit civil sobre et effacé ; les postulantes portent une jupe longue noire avec une tunique blanche comme les novices qui auront un voile blanc en plus. Au moment des vœux temporaires l’Orante-apôtre porte la robe d’effacement blanche avec le capuchon sans la croix. Autour du cou lui sera remise une simple croix en bois.

Canon 40 -

L’Écriture Sainte est au centre de la vie des Orantes-apôtres. Elles sont instamment invitées à « manger » la Parole de Dieu dans le Silence, la « mastiquer », la « digérer » pour qu’elle soit nourrissante, et ainsi pour être transformées par Elle en manifestant leur communion avec Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Titre IV

Vie de prière, message d’espérance et de joie

Canon 41 -

Les Orantes-apôtres vivent la metanoïa du cœur dans la kénose de l’amour, et dans une conversion permanente ; ainsi, elles sont de plus en plus unifiées, pacifiées, stables et libres pour participer à l’édification de l’Église.

Canon 42 -

La liturgie vécue à la Laure Abana - notre Père est celle de l’Église maronite. Cette liturgie, autant qu’elle soutient le silence contemplatif et unit à Jésus Christ notre Sauveur, conduit ainsi à la liturgie de l’être.

Canon 43 -

Les Orantes-apôtres prient pour l’autorité de l’Église, pour leurs pères spirituels, pour la fondatrice et la co-fondatrice, pour les membres de la Communauté, pour leurs parents et pour les bienfaiteurs.

Canon 44 -

L’union à Dieu et la communion entre les Orantes-apôtres se renforcent à la double Table de la Parole et de l’Eucharistie.

Canon 45 -

L’Orante-apôtre adore le Christ Présent dans le Saint Sacrement chaque jour, sauf le vendredi. Le jeudi l’adoration est communautaire. Cette heure d’adoration fonde la fraternité entres les Orantes-apôtres, accomplit leur sanctification personnelle, et celle de l’ensemble de l’humanité.

Canon 46 -

La communion fraternelle se vit dans la prière communautaire, en synaxe, et dans le temps de joyeuse détente fraternelle. Elle trouve son aboutissement le Samedi Saint dans une célébration pénitentielle.

Canon 47 -

Les Orantes-apôtres vivent la charité dans la Communauté. Elles se servent les unes les autres humblement, avec amour, patience et simplicité.

Canon 48 -

La Communauté - entre deux et sept Orantes-apôtres - favorise à la fois cet enfouissement secret, la simplicité et la qualité des relations entre elles.

Canon 49 -

Chaque soir, la prière sacerdotale de Jésus (chapitre 17 de l’Évangile de saint Jean) est lue et méditée, suivie d’une exhortation de la mère Amma. Les oblats et les amis de la Laure Abana - notre Père la prient chaque jour en communion avec les Orantes-apôtres.

Titre V

Formation et consécration des Orantes-apôtres

Canon 50 -

La formation des Orantes-apôtres prend en compte plusieurs facteurs :

⸹1. Le développement de la personne humaine.

⸹2. Le travail communautaire.

⸹3. L’étude de l’Écriture Sainte.

Canon 51-

Le travail de la terre et le travail manuel, comme pratiqués par les anciens ermites, sont conseillés. Ils gardent les pieds sur terre et protègent l’humilité.

Canon 52 -

La formation continue basée sur l’étude de l’Écriture Sainte, l’enseignement du Magistère et de la patrologie syriaque, s’accomplit dans la « garde de la cellule »[14], et dans le souci persévérant de fidélité et d’obéissance au rythme de vie que la Communauté a choisi et embrassé. Cependant pour enrichir cette formation, l’Amma peut faire appel à des experts de la vie érémitique ou mystique.

Canon 53 -

Pour s’assurer de l’appel de Dieu sont requis de la postulante une maturité humaine responsable, un équilibre psycho-affectif solide et un caractère souple vérifiés dans l’expérience d’une ou plusieurs retraites spirituelles à la Laure Abana. La postulante ne doit être tenue par aucun empêchement établi par le Code Canonique des Églises Orientales.

Canon 54 -

Pour embrasser la vocation, si l’appelée est étudiante, elle doit avoir fini ses études.

Canon 55 -

Si elle est veuve et dégagée de toute responsabilité familiale, elle est admise comme aspirante.

Canon 56 -

Le postulat des aspirantes dure six mois pour conscientiser les joies et les difficultés du chemin. On ne leur accorde pas facilement l’entrée en clôture. Elles ne sont reçues en Communauté que si elles manifestent les dispositions spirituelles exigées pour une vie cénobitique.

Canon 57 -

La postulante qui entrevoit la face du Christ Rédempteur en la Communauté, et qui veut Le suivre jusqu’au bout, devient novice : la durée du noviciat est de deux ans à l’issue desquels elle prononce les trois vœux évangéliques temporaires renouvelés chaque année jusqu’à la profession solennelle trois ans après.

Canon 58 -

Une image renouvelée des vœux appelle une nouvelle façon de parler des vœux perpétuels. Nous proclamons à nos frères et sœurs en humanité que nous faisons des vœux pour aimer avec tendresse, agir selon la justice et marcher humblement avec Dieu,[15] et cela dans l’offrande joyeuse de tout l’être[16].

Canon 59 -

L’acte d’offrande de notre être, de notre faculté volutive, -l’obéissance-, de notre potentiel d’amour -la chasteté-, de notre volupté possessive -la pauvreté-, est la conséquence de la décision d’un changement complet du cœur et des attitudes pour répondre librement à l’appel personnel de Dieu le Père en Jésus Christ par l’Esprit Saint.

Canon 60 -

L’offrande de notre être est « thérapeutique » ; elle est l’accomplissement en plein de notre consécration baptismale unique et primordiale.

Canon 61-

Avant l’offrande de son être, la novice renonce à ses biens ; elle peut les remettre à la Communauté qui les accueillera favorablement afin de servir à améliorer sa vie et son apostolat.

Canon 62 -

Á l’exemple de Jésus Christ qui écoute Son Père, l’Orante-apôtre par l’offrande volutive écoute et met en pratique les Constitutions.

Canon 63 -

Á l’exemple de Jésus Christ l’Orante-apôtre s’offre radicalement et en pleine liberté à Dieu, se vouant ainsi à Lui en canalisant son énergie d’amour vers Dieu et vers le prochain.

Canon 64 -

Á l’exemple de Jésus Christ, l’Orante-apôtre se détache librement des biens de ce monde et de l’argent afin qu’il n’y ait à l’intérieur d’elle rien d’autre que Lui Seul. Elle se sert de l’argent sans s’y asservir, et elle met tout en commun.

Canon 65 -

L’offrande de l’être est reçue prioritairement par l’Ordinaire du lieu. Cette solennité se fera à la Laure Abana - notre Père le 6 août en la fête de la Transfiguration après une retraite spirituelle de trois jours en ermitage, et le renouvellement des vœux aura lieu ce même jour.

Titre VI

L’Ermite-apôtre

Canon 66 -

L’Ermite-apôtre demeure un membre à part entière de la Communauté, et elle se consacre à la méditation, à l’adoration, et aux travaux manuels.

Canon 67 -

L’Ermite-apôtre est tenue d’assurer le service de ses propres besoins, secondée par la Communauté.

Canon 68 -

L’Ermite-apôtre peut quitter l’ermitage pour rejoindre la Communauté à certains moments choisis et discernés avec l’Amma.

Canon 69 -

En cas de maladie incurable, elle aura à accueillir la mort entourée de la présence et de l’affection de ses consœurs.

Canon 70 -

Le père spirituel visite l’Ermite-apôtre régulièrement pour l’accompagner dans son cheminement.

Titre VII

Coordination

Canon 71-

L’Amma se consacre à la Communauté et coopère avec son Conseil et les Orantes-apôtres au service fraternel à l’exemple de Jésus Christ « venu pour servir, et non pour être servi »[17].

Canon 72 -

Il est demandé de l’Amma d’être la transparence de l’Amour Infini afin de centrer les Orantes-apôtres, les Oblats et les retraitants sur le Christ obéissant à travers l’observance du rythme de vie dont elle est la garante.

Canon73 -

Le Conseil de la Communauté est formé de l’Amma et de deux sœurs.

Canon 74 -

L’Amma et son Conseil sont nommés par l’Ordinaire du lieu après consultation des membres de la Communauté, et du père spirituel.

Canon 75 -

Le père spirituel et l’Amma discerneront les vocations, et suivront les postulantes et les novices.

Canon 76 -

L’Amma désigne une des conseillères pour la gestion des affaires et les décisions relevant de l’administration, et une autre pour la rédaction du diaire.

Canon 77 -

L’Amma ses conseillères se réunissent une fois par mois. Le père spirituel peut sur invitation de l’Amma participer à ces réunions permettant d’évaluer le cheminement et le rayonnement de la Communauté.

Canon 78 -

La Communauté assure à l’Orante-apôtre malade ou infirme les soins médicaux nécessaires, l’attention fraternelle et diligente, et l’accompagne par sa prière.

Canon 79 -

L’Orante-apôtre malade essaie de vivre sa maladie comme une union d’amour plus parfaite à notre Seigneur et à notre Sauveur Jésus Christ, afin que sa souffrance soit une participation divine, pour son salut et pour le Salut du monde. Elle s’appuie sur la vie de sainte Rafka.

Canon 80 -

Les Orantes-apôtres assistent les défuntes et les commémorent comme suit[18] : offrir trois messes pour chaque Orante-apôtre décédée à la Laure Abana, au neuvième jour, au quarantième jour et un an après sa mort.

Titre VIII

Statut de l’Oblat

Canon 81-

L’oblation est une promesse renouvelable tous les deux ans le dimanche qui suit la fête du Bienheureux Stéphane Nehmé - le 30 août – patron des Oblats de la Laure Abana.

Canon 82-

L’Oblat choisit librement de s’affilier spirituellement à la Communauté des Orantes-apôtres pour être soutenu dans son engagement de conversion quotidienne de sa vie.

Canon 83 -

L’Oblat s’engage à :

⸹1. Tendre à la perfection de la vie chrétienne selon le Charisme de la Communauté des Orantes-apôtres.

⸹2. Participer à la sanctification de l’Église.

⸹3. Susciter des vocations nouvelles.

Canon 84 -

L’aspirant à l’oblature doit avoir un cœur miséricordieux et un désir de progrès spirituel ; il peut être laïc ou religieux.

Canon 85 -

L’Oblat s’engage à :

⸹1. Lire régulièrement les Constitutions de la Communauté des Orantes-apôtres.

⸹2. S’efforcer de vivre le Charisme de la Communauté.

⸹3. Prier chaque jour doucement la prière de Jésus (Jean 17) ainsi que la prière à Notre Dame des Oblats, et celle au Bienheureux Stephan Nehmé.

⸹4. Construire des relations sociales fraternelles évitant toute critique et tout bavardage.

⸹5. Être des témoins de réconciliation et de paix au sein de son milieu de vie.

⸹6. Assister aux rencontres organisées par l’Amma et son Conseil.

Canon 86 -

Les Oblats doivent :

⸹1.Venir se ressourcer régulièrement dans la Communauté des Orantes-apôtres au Liban.

⸹2. Renouveler leur promesse au Liban tous les deux ans le dimanche qui suit la fête du Bienheureux Stephan Nehmé le 30 août.

Titre IX

Vœu de la fondatrice

Canon 87-

Si la Communauté devait se trouver un jour sans vocation, que la Laure Abana – notre Père soit un lieu de ressourcement pour les prêtres du diocèse de Batroun, et au-delà.

[1] Concile Vatican II, décret « Perfectae Caritatis », n° 1

[2] Isaïe 35-1

[3] Exhortation apostolique « Nouvelle espérance pour le Liban », N° 52

[4] Les Constitutions de cette-dite « Maison de Prière » furent rédigées providentiellement en synergie avec le Révérend Père Pierre Humblot (Prado) en trois jours de travail assidu.

[5] C.I.C.,603, &1 : « Outre les Instituts de vie consacrée, l’Église reconnaît la vie érémitique ou anachorétique, par laquelle des fidèles vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de la solitude, dans la prière assidue et la pénitence ».

[6] Prélat de sa sainteté Jean Paul II, biographe et historien français

[7] C.I.C.,603, &2 : « L’ermite est reconnu par le droit comme dédié à Dieu dans la vie consacrée, s’il fait profession publique des trois conseils évangéliques scellés par un vœu ou par un autre lien sacré entre les mains de l’évêque diocésain, et s’il garde, sous la conduite de ce dernier, son propre programme de vie ».

[8] Monseigneur Paul Dahdah avait demandé à Margot Wagner et Laurence Delacroix de quitter le Liban.

[9] Chasteté, Pauvreté, Obéissance cf. Vat. II, LG, n°43

[10] Saint Jean de la Croix « La Vive Flamme d’amour », premier Cantique, quatrième vers.

[11] Jour de Grand Désert, la Laure Abana est fermée

[12] Voir Règlement interne

[13] Réalisée en concertation avec le Révérend, abouna Augustin Mouhanna (OLM), liturgiste.

[14] L’Orante-apôtre demeure silencieuse et paisible en son ermitage.

[15] Mi 6/8

[16] 2 Co 9/7, Rm 12/1

[17] Mt. 20,28

[18] Cf : Constitutions et Statuts de l’Ordre Libanais Maronite, C. 78 S. 47/1, p. 40