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Pèlerinage dans le caza de Batroun

«Batruna », cité-État cananéenne, comptoir phénicien, « Botrys », pour la civilisation hellène qui voudrait dire la « grappe de raisin», emblème de cette ville séduisante de la côte libanaise. D’après la légende, Batroun aurait été fondée par Ithobaal, roi de Tyr, vers 1000 avant J-C. Mais la mention de la ville dans les tablettes de Tell et Aamarna, (correspondance des roitelets phéniciens avec le pharaon Akhénaton, vers 1300 avant J-C) tend à laisser penser qu’elle a été fondée à une époque antérieure, et qu’elle aurait acquis une certaine importance pour l’Égypte pharaonique. Étrangement, Batroun et son caza apparaissent comme l’expression même d’un certain Liban, à la fois dualiste et complémentaire: ouverts sur la Méditerranée et forts de leurs héritages historiques et mythiques, notamment phénicien, et convergeant inéluctablement vers la montagne, les highlands, l’hinterland, empreints de mysticisme, de traditions spirituelles maronites et byzantines ancestrales, créateurs d’un espace de sainteté.

Il suffit de partir de l’imposant Mur phénicien de Batroun, taillé dans le roc et qui défie l’horizon, et de s’aventurer progressivement dans les hauteurs du caza, village après village, au fil d’églises souvent plusieurs fois centenaires jusqu’à Hardine, à titre d’exemple (à 1100 mètres d’altitude, village d’où est originaire saint Nehmetallah Hardini). Ce parcours permet de saisir tout à la fois l’ambivalence du paysage batrounien : sobre et plein de dénuement, et pourtant riche d’une âme mystique au- delà des contingences du monde matériel.

Fortement attaché à ses traditions et à sa foi, le caza de Batroun n’en demeure pas moins ouvert à la modernité et au tourisme à l’image de la ville même, qui est devenue tout au long des années 1990 et surtout 2000 le principal pôle touristique du Nord : une métropole de rêve pour les aventuriers, les rêveurs ou les mystiques fuyant les tentacules de la capitale pour le charme magique de ce petit bout, hors normes, de paradis.

L’ascension vers les villages du caza de Batroun est plus ou moins lente. Si les routes sont bien asphaltées, elles n’en sont pas moins étroites et sinueuses, tels des serpents. L’une des voies d’accès aux villages du caza est située à l’intérieur même de la ville de Batroun – il s’agit de la place dite de « Basbina ». Ijdabra. Si l’on suit cet itinéraire, le premier village à poindre à l’horizon est Ijdabra (400 mètres d’altitude – à quatre kilomètres de Batroun). Même s’il ne comporte aucun monument qui ne vaille vraiment le détour, ce village donne rapidement le ton de ce que sera le périple du caza : une découverte progressive d’églises datant souvent des premiers âges de la chrétienté et construit sur des temples païens, grecs ou romains, de vieux monastères ou des lieux hautement symboliques dans l’histoire de la foi maronite. Le village comporte deux églises relativement anciennes : Notre-Dame de l’Assomption (1866) et Saint-Saba (Mar Saba), auprès de laquelle trône un vieux chêne.

Premier véritable arrêt sur le chemin : Ebrine (440 mètres d’altitude, à six kilomètres de Batroun) est un petit village calme. Les habitants sont très accueillants, comme partout dans le caza, d’ailleurs, et l’on peut s’y ressourcer tranquillement. Ebrine permet d’aller à la rencontre d’un grand nom de l’histoire de la communauté maronite. Il s’agit du célèbre patriarche de l’indépendance, Élias el-Hoayek, dont la tombe est préservée dans un grand couvent datant du XIXe siècle, celui des sœurs maronites de la Sainte Famille libanaise (Ordre fondé par le patriarche Hoayek). Il est possible de visiter la chapelle qui contient la tombe de Mgr Hoayek et de recevoir sa bénédiction : la crypte de la chapelle contient une statue très imposante du patriarche maronite, sculptée par son neveu, Youssef Saadallah el-Hoayek. Un autre endroit à visiter à Ebrine : la vieille petite église de Saint-Charbel, qui domine la ville de Batroun où un endroit est aménagé à l’extérieur pour un éventuel pique-nique improvisé. Il existe d’autres vestiges, à peine perceptibles, d’églises datant du VIe et du VIIe siècle, mais il est difficile d’y accéder en voiture. Le village compte d’autres églises plus récentes, dont l’une datant de 1882 (Saint-Jean Baptiste). Enfin, Ebrine est un lieu de camp rêvé pour les scouts. L’espace dit « al-Wata », au nord-est du couvent des sœurs, est une forêt de pins idéale pour le camping.

Puis située à 400 mètres d’altitude et à huit kilomètres de Batroun, Rachkida mérite le détour. Et pour cause : il s’agit du seul village chiite de la région. Si la mosquée de l’imam Hassan (1920) n’a aucun intérêt historique particulier, Rachkida renferme toutefois un joyau apparemment négligé : une église (Saint-Georges – Mar Gergès) d’une grande beauté, datant des premiers temps du christianisme, qui porte les stigmates du temps et qui nécessite une restauration urgente. Les murs à l’intérieur de l’église sont peints à l’huile, mais le temps a fait son effet. L’église, tapie près de figuiers, est complètement abandonnée, délaissée.

Plus loin à 450 mètres d’altitude et à six kilomètres de Batroun, localité la localité de Bejdarfel est un cas à part au sein d’un caza appelé à s’ouvrir de plus en plus au tourisme. Le village correspond aux normes touristiques internationales. On y trouve un grand centre commercial (supermarché, pharmacie, librairie, snack...) sans équivalent dans la région. Un projet de lac artificiel est actuellement en voie de réalisation, et Bejdarfel organise chaque année, depuis 2001, un festival artistique et musical qui a lieu en été. Au plan historique, Bejdarfel présente cependant moins d’intérêt que la grande majorité des autres villages de la région. L’église paroissiale de Saint-Pantaléon (Mar Bindi Leymoun, saint patron du village, et auquel les femmes font des vœux à la recherche de la fécondité) date de 1763. Une statue du saint patron du village jouxte l’église. Une autre statue, bien plus récente celle-là (2001), occupe le marché de la ville, celle de Notre-Dame de Bejdarfel. Il existe aussi une petite grotte – « al-Mdarat » – derrière l’une des propriétés du village, celle des Lahoud. La grotte n’est cependant pas facile d’accès. Il faut suivre en descendant un petit sentier sinueux et peu entretenu durant dix minutes avant d’y arriver.

En continuant vers Kfarhay (450 mètres d’altitude, à 15 km de Batroun), on s’enfonce un peu plus dans le pays batrounien. La légende voudrait que le fond de la vallée soit rempli de bétyles, ce circuit de temples païens qui permettait à l’époque de faire des pèlerinages. Le village est la deuxième étape du périple maronite suivant ce parcours : on y trouve le grand monastère Saint-Jean Maron (Mar Youhanna Maroun), connu pour être le premier patriarche maronite (VIIe siècle). Un monastère où le saint aurait vécu- actuellement résidence de l’évêque de Batroun-et qui a été restauré dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. L’église du monastère abrite également les reliques de saint Maron (mort en 410), rapatriées de Filigno (Italie) au Liban en août 2000 par monseigneur Paul Emile Saadé. Kfarhay abrite aussi une très belle église, Saint-Saba (Mar Saba) qui date des Croisés. Elle est construite sur les ruines d’un temple grec dont une seule pierre existe encore, et sur laquelle on peut lire des inscriptions en grec. Les autres très vieilles églises du coin sont difficilement accessibles en voiture ; délaissées, certaines d’entre elles ne sont plus que des ruines. Le village est également le siège d’un village d’enfant SOS.

À partir de Kfarhay, il faut aller vers l’est, puis prendre la bifurcation à gauche pour aller à Boqsmaya (450 mètres d’altitude, à 17 km de Batroun). Un petit village aux routes étroites, mais qui offre l’avantage d’abriter deux restaurants offrant des mezzés, à la place dite « an-Nahriyya », près du Nahr el-Jozz. Boqsmaya est surtout célèbre pour une petite église, Saydet el-Bzez, bâtie avec les pierres d’un vieux temple romain dédié à Bacchus. L’ancienne église tient son nom des oves se trouvant sur les vieilles pierres du temple antérieur et qui sont réutilisées. L’église paroissiale de Saint-Siméon le Stylite (saint patron du village) a 1 100 ans d’âge. Elle jouxte Saydet el-Bzez et a également été bâtie avec une partie des pierres du même temple romain. Le village abrite également d’autres églises.

Puis nous voici Jebla (450 mètres d’altitude, à 19 km de Batroun), Dael (600 mètres d’altitude, à 22 km de Batroun), Oura-Andoula (750 mètres d’altitude, à 23 km de Batroun) et Bechtoudar (950 mètres d’altitude, à 27 km de Batroun) : une succession de petits villages, reliés par une route étroite et plutôt dangereuse.

À Jebla, le saint patron est saint Michel. Une église du début du XXe siècle porte son nom. On peut également trouver dans ce village la vieille église de Saydet el-Cornet, qui a été restaurée.

À Dael, le seul intérêt réside dans l’ancien monastère Saint-Serge (Mar Sarkis), qui est tout près d’un ancien cimetière païen. Il y a également une mosquée récente dans le village.

À Oura-Andoula, la seule attraction est l’église Saint-Théodore (Mar Tedros), qui date du XIXe siècle. Il existe également de vieux sarcophages, mais on en retrouve partout dans le haut pays batrounien.

Bechtoudar abrite le monastère de Mar Yaacoub el-Hosn (1860) et de vieux sarcophages.

Sur la route de Kfarhelda, le paysage devient de plus en plus merveilleux au fur et à mesure que l’on se rapproche de cet endroit sublime qu’est Bssettine el-Ossy, et sa cascade spectaculaire qui dégringole la falaise sur une hauteur de plus de cent mètres.

Kfarhelda (650 mètres d’altitude, à 27 km de Batroun) abrite les ruines de plusieurs monastères et chapelles. Elle abrite notamment l’église de Saint-Pierre (Mar Boutros, Ve siècle), construite en pierres ocres, et qui est une merveille d’architecture. L’église byzantine Saint-Théodore (Mar Tedros, VIe-VIIe siècle) n’est que partiellement conservée, tandis que la chapelle de Saïdé est totalement en ruines, mais toujours vénérée. Cependant, le clou de Kfarhelda est sans conteste une petite et très vieille église qui se trouve sur la route de Kfour el-Arabi, Notre-Dame de Kfarmalkoun (Saydet Kfamalkoun). L’église, qui est quasiment perdue dans la montagne, est absolument magnifique, chacune de ses pierres semble avoir son histoire. Kfarhelda est l’occasion de faire une pause pour déjeuner sur les bords du Nahr el-Jozz.

Allons vers Beit Chléla (750 mètres d’altitude, à 30 km de Batroun). Nous montons vers Douma et Tannourine : une petite chapelle taillée et encastrée dans la montagne, Saydet el-Bzezat. Il s’agissait d’un lieu de refuge dans la montagne pour les premiers chrétiens persécutés. Il est difficile d’y accéder en voiture, le sentier qui y mène étant rocailleux et non asphalté. Sitôt parvenu sur les lieux du site, il faut emprunter un petit escalier qui longe la montagne et qui conduit à la chapelle. Un panorama formidable s’offre à la vue : il est possible d’embrasser du regard toute l’étendue de Bssettine el-Ossy. Selon les croyances locales, la vierge de Saydet el-Bzezat (dont le regard est troublant) sourd de l’huile lorsqu’une personne très croyante se présente à elle.

L’espace manque pour parler de Douma (1 150 mètres d’altitude, à 45 km de Batroun), village au patrimoine libanais considérable, et qui renferme également un hôtel et des restaurants. Cependant, avant de parvenir au village, il convient de s’arrêter pour visiter le monastère grec-orthodoxe de Saint-Jean Baptiste, vieux de plusieurs siècles, et qui renferme deux très belles églises. Les moines n’ont aucun inconvénient à ouvrir les portes du monastère aux visiteurs, mais les photos et les caméras sont interdites à l’intérieur. Récemment, des fouilles dans l’une des deux églises ont permis de retrouver les ossements de jeunes enfants qui avaient trouvé refuge dans l’église, et dont la tête aurait été coupée en signe de victoire, sans doute à l’époque ottomane ou mamelouk. Des bougeoirs ont été retrouvés près des ossements qui sont conservés à l’intérieur de l’église.

Bcheailé((1 250 mètres d’altitude, à 37 km de Batroun) se trouve sur le retour vers Beyrouth en suivant le circuit Kfifane-Smar Jbeil-Madfoun. Il existe également de nombreux sites à voir dans ce village, notamment des inscriptions sur des roches dans la montagne (lieu-dit de l’Ermite – al-Habiss) ou encore Qaleet el-Hosn, vieille forteresse phénicienne, romaine et croisée aujourd’hui en ruines. Mais l’attraction inhabituelle et qui mérite le détour reste l’existence d’une dizaine d’imposants oliviers réputés pour être parmi les plus vieux arbres du monde, aux racines ahurissantes, et qui sont toujours verts.

Un « triptyque de la sainteté », c’est ainsi que l’on pourrait désigner trois lieux d’une beauté exceptionnelle qu’abrite le caza de Batroun : Hardine, Kfifane et Jrabta.

Le Liban a trois saints. Deux d’entre eux sont intrinsèquement liés au caza de Batroun, et le troisième y a longtemps vécu. D’abord, saint Nehmetallah Kassab el-Hardini, né dans un pays sauvage, magnifique et qui conserve encore toute sa pureté, tout son mysticisme : il s’agit de Hardine-Beit Kassab. La tombe du saint est par ailleurs conservée au monastère Saints-Cyprien-et-Justine à Kfifane, devenu depuis quelques années un lieu important de pèlerinage religieux pour les touristes du monde entier, et surtout pour les Libanais.

Ensuite, sainte Rafqa al-Rayess, qui a vécu les dernières années de sa vie à Jrabta, au couvent Saint-Joseph-Jrabta, où elle repose. Un lieu d’une grande beauté mystique, et qui appelle au recueillement, à la méditation spirituelle et à la prière.

Enfin, saint Charbel Makhlouf originaire d’ Annaya, de Jbeil, et n’a pas véritablement sa place dans le triptyque des villages sanctifiés du caza de Batroun. Pourtant, il a lui aussi vécu, en tant que disciple de saint Nehmetallah el-Hardini, au monastère Saints-Cyprien-et-Justine, où se trouve également conservé le corps du miraculé frère Estéphan Nehmé el-Lefhedy.

En dehors de ces trois lieux phares de la chrétienté du Liban en général et du maronitisme tout particulièrement, la région regorge, tout comme le reste du caza, de très vieilles églises construites à l’époque des croisés, et dont certaines, délaissées, sont très malheureusement aujourd’hui laissées à l’abandon. Panoramas montagneux à couper le souffle, oliviers qui foisonnent à perte de vue, vestiges des différentes civilisations qui ont traversé le Liban, notamment phénicienne, grecque, romaine et byzantine, paysages naturels et rocheux merveilleux, gens du terroir affables et qui ont un sens certain de l’hospitalité : tout cela fait du caza de Batroun un lieu incontournable pour les touristes libanais et non libanais de toutes sortes : routiers et aventuriers, fanatiques des vestiges et de l’histoire ancienne, croyants et mystiques, ou tout simplement amoureux des grandes étendues naturelles sauvages et fascinantes…

A partir de la ville de Batroun, l’ascension vers Hardine qui offre une symbiose entre le sauvage et le sacré, prend un certain temps, puisque le village de Nehmetallah el-Hardini culmine à 1 100 mètres, et certains de ses vestiges à près de 1 500 mètres d’altitude. On peut y arriver par l’autoroute nouvellement construite, tout comme on peut prendre les petites routes plus ardues, mais bien plus jolies, qui passent par les villages du caza.

Après avoir quitté Batroun pour Ijdabra, puis Bejdarfel et Kour, le premier village où l’on peut marquer une petite pause est Kfarhatna.

Kfarhatna (450 mètres d’altitude, à 15 kilomètres de Batroun) renferme une église bâtie au début du XXe siècle sur les vestiges d’une vieille forteresse. Il s’agit de Mar Challita, l’ami des animaux qu’il guérissait dans son église. On peut également y trouver des tombes païennes et des puits. Zan.

Zan (650 mètres d’altitude, à 18 kilomètres de Batroun) est le premier village digne d’intérêt sur le plan touristique. Il est également d’une très grande beauté. Si l’église paroissiale, Saint-Jean-Baptiste, date du début du siècle (1904) et ne présente pas d’intérêt historique particulier, on peut voir juste à côté d’elle le chêne le plus vieux du caza de Batroun. Tellement vieux et imposant que des courroies de fer ont été disposées tout autour de ses branches pour empêcher qu’elles ne se brisent.

Par ailleurs, les restes de la vieille église Mar Sarkis bordent le cimetière du village. L’église avait été construite sur les restes d’un temple païen. On peut également trouver dans le coin des tombes païennes taillées dans le roc. Enfin, l’église de Saydet el-Barbara, reconstruite sur une vieille église dont une partie est taillée dans le roc, mérite le détour. Elle se trouve près du monastère des sœurs de la Charité. Ftahat Sourat puis Kfarchleimane.

Si Fathat (550 mètres d’altitude, à 17 kilomètres de Batroun) et Sourat (500 mètres d’altitude, à 13 kilomètres de Batroun) ne présentent aucun intérêt particulier (Sourat était pourtant un village très important à l’époque des croisades), il n’en est pas de même pour Kfarchleimane (750 mètres d’altitude, à 18 kilomètres de Batroun), premier véritable grand arrêt de cette tournée. Au terme d’une ascension de quelques minutes en voiture, il est possible d’apercevoir une petite église retranchée en contrebas, vers la gauche. L’église est inaccessible en voiture, et il faut y descendre à pied. Mais l’endroit, qui borde les cimetières du village, est d’une beauté à couper le souffle. Au milieu d’un site qui devait probablement être phénicien, il existe des rochers taillés qui sont d’une beauté surprenante. L’église elle-même, Saydet Naya, est très belle. Elle a été construite autour de 1700 – mais a apparemment été rénovée – au sommet d’un rocher taillé et creusé en chambre funéraire. Derrière l’église, près du cimetière, il existe une toute petite cave chapelle encastrée dans le roc. Abritée par une grille en métal, elle renferme des peintures murales qui se sont détériorées avec le temps. Selon les explications locales, la chapelle devait être à l’origine une chambre funéraire, réaménagée en lieu de culte autour du XIIe siècle. Il reste des peintures un Christ Pantocrator de couleur ocre peint sur le mur gauche de la chapelle ainsi qu’une Vierge allaitant l’Enfant Jésus. Également discernable, une inscription en grec qui affirme : « Jésus-Christ triomphe », près d’une peinture représentant un archer tirant sur une bête, probablement le diable. Il existe également un autre Pantocrator peint au plafond de la chapelle, mais la peinture a sérieusement été endommagée par des feux allumés dans la cave.

Rachkeddé (600 mètres d’altitude, à 14 kilomètres de Batroun) renferme une vieille église, Mar Sarkis et Bakhos, construite sur les ruines d’un temple romain.

Helta (650 mètres d’altitude, à 18 kilomètres de Batroun), lieu de naissance du patriarche maronite Élias el-Hoayek, abrite la maison du patriarche, un site parfaitement aménagé pour les touristes.

L’église de Mar Abda est bâtie sur un temple romain, et l’église Notre-Dame (Saydet), d’une grande beauté, est considérée comme étant l’une des plus vieilles du caza. Elle a été restaurée.

À l’issue d’une longue traversée en voiture, qui descend vers Bsetine el-Ossy, il faut remonter vers le village de Kfour el-Arbi, qui culmine à 1 150 mètres d’altitude (35 kilomètres de Batroun). L’ascension est longue et difficile. Les routes de Kfour el-Arbi, petit village perdu dans la nature sauvage du caza de Batroun, tiennent plus des sentiers que des routes. Le village compte plusieurs églises, mais il est possible d’accéder, à partir de Niha, à une splendide forteresse croisée qui surplombe la montagne. Il s’agit de Saydet el-Qalaa, qui est juste construite sous Hardine, mais qui n’est accessible que de Niha.

La route principale pour remonter vers Hardine (1 100 mètres d’altitude, à 32 kilomètres de Batroun) à partir de Kfour el-Arbi étant actuellement hors service, il faut prendre ce qui est sans doute l’une des plus belles routes du Liban : une vaste forêt de pins à l’état sauvage, encore vierge de toute construction. L’idéal pour une bonne marche de scouts routiers. En voiture, le chemin est très agréable, mais il faut rouler lentement. Il conduit vers les hauteurs de Hardine, et plus précisément devant le lieu d’ermitage de saint Nehmetallah Kassab el-Hardini. Hardine est sans conteste la plus belle étape du périple. Elle renferme une dizaine d’églises et de monastères, certains datant de l’époque des croisés. Le plus bel emplacement spirituel à visiter est le monastère Saint-Phocas (Mar Fawqa) qui date du XVe siècle. Saydet el-Qalaa, la chapelle qui surplombe la forteresse visible à partir de Niha, est taillée dans le roc. Elle mérite le détour : le panorama qu’elle offre est sans pareil. Mais elle n’est pas d’accès facile. Il est surtout possible de visiter la maison de saint Hardini, aménagée pour les touristes.

Mais le bijou de Hardine, ce sont les vestiges – très mal conservés – d’un temple romain prostyle dédié à Mercure et qui se situe au sommet de la montagne (à 1 500 mètres d’altitude), tout prêt d’une station de télévision. La route n’est pas facile d’accès, mais le site vaut le détour. Derrière le temple, on peut embrasser du regard une grande partie du caza de Bécharré, notamment Qnat.

Pour redescendre de Hardine à Kfifane, et si l’on tient à faire le pèlerinage en une seule journée (l’ascension vers Hardine est fatigante et peut constituer un itinéraire à elle seule), il convient de reprendre la route de Kfarhelda, Beit Chélala, Oura-Andoula et Dael pour arriver à Assia. Il faut faire attention en redescendant de Hardine, car certains endroits sont toujours minés depuis la guerre. Des panneaux disposés au bord de la route signalent ces champs de mines antipersonnel.

Mais la région de Kfifane est complètement différente de celle de Hardine, dans la mesure où elle est bien plus accessible.

Jrabta et Kfifane sont deux étapes importantes au niveau du tourisme religieux, et les deux monastères, qui sont très bien aménagés pour les touristes, ne désemplissent pas. Par ailleurs, contrairement au jurd de Batroun, il est facile de trouver une multitude de restaurants et de snacks sur la route de Kfifane et de Jrabta.

Le haut pays batrounien semble désormais bien loin, et la sauvagerie du paysage de l’hinterland laisse la place à de beaux petits villages. La route d’Assia (870 mètres d’altitude, à 27 kilomètres de Batroun) est bordée d’oliviers à perte de vue. À Assia, l’église paroissiale Saint-Georges (1846) est bâtie sur des ruines romaines. Un autre très beau site à voir est Saydet el-Qalaa, une vieille église entourée de vieux rocs. Assia est célèbre pour la poterie qu’on y fait suivant une vieille technique n’utilisant pas la roue. Nehla, Mrah el-Hajj, el-Alali puis Chabtine.

La descente vers Kfifane se poursuit à travers une succession de jolis petits villages, comportant notamment des églises datant du XIXe siècle. Chabtine (500 mètres d’altitude, à 15 kilomètres de Batroun) renferme plusieurs églises, notamment les restes d’une dédiée à la Vierge Marie, bâtie sur les ruines d’un temple païen. La belle église byzantine de Mar Sarkis et Bakhos date, elle, de 1872.

Le détour par Deria (500 mètres d’altitude, à 13 kilomètres de Batroun) vaut la peine, non pas pour ses vestiges, mais pour un vieux chêne situé près de l’église Mar Nohra, laquelle est bâtie sur les ruines d’une vieille église.

L’église Mar Doumit de Jran (400 mètres d’altitude, à 9 kilomètres de Batroun) présente une vision pour le moins étrange : l’autel est bâti sur deux piliers d’un vieux temple romain, sur lequel l’église a été construite. Il est également possible de trouver à Jran une église Mar Sarkis et Bakhos datant de l’époque byzantine et une autre église, Saydet el-Ramat, datant du XVIIIe siècle. Ramat est le lieu de naissance du patriarche maronite Yaacoub el-Ramati (1139-1151).

Le monastère Saints-Cyprien (du nom du patriarche maronite de 1230)-et Justine de Kfifane (400 mètres d’altitude, à 10 kilomètres de Batroun) invite à prendre une pause spirituelle. Très grand, il abrite le cercueil de saint Nehmetallah Kassab el-Hardini (depuis 1858). Le monastère date de l’époque des croisades, et cette ancienneté se manifeste par la présence de plusieurs citernes taillées dans le rocher. Il y a également un grand couvercle de sarcophage derrière le monastère. À l’intérieur du monastère, on peut trouver de belles églises et visiter les pièces où saint Nehmetallah Kassab el-Hardini travaillait et priait. Le corps du Bienheureux Stéphane Nahmé y repose aussi.

À l’extérieur du monastère, il existe une belle église, Saydet el-Zrouh. Il y a également trois autres églises à Kfifane – dont l’une, Mar Abda, date du XIVe siècle – et une mosquée.

Jran, de nouveau, puis Mrah el-Zayat, puis Abdelli. L’église Notre-Dame de Mrah el-Zayat (450 mètres d’altitude, à 12 kilomètres de Batroun), qui date du XIXe siècle, a été construite avec des pierres de la forteresse de Smar Jbeil.

Abdelli (650 mètres d’altitude, à 16 kilomètres de Batroun) est un très beau village, où l’on peut trouver un lieu de camping en été, nommé « al-Mighraq ». Le site est recouvert par l’eau en hiver. Il existe deux vieilles églises au village, dont l’une date de l’époque des croisades.

Jrabta (540 mètres d’altitude, à 20 kilomètres de Batroun) abrite le couvent de saint Joseph, où sainte Rafqa a vécu les dernières années de sa vie. Le monastère abrite son cercueil. L’endroit est immense, avec des indications pour permettre aux touristes et aux visiteurs de se retrouver. C’est un lieu incontournable de pèlerinage, un lieu de recueillement et de prière d’une profonde sérénité. Le couvent de saint Joseph-Jrabta est célèbre pour les vêtements religieux qui y sont fabriqués et pour ses pâtisseries, dont le « marsaban». On y fait également des travaux manuels. Par ailleurs, il existe à Jrabta une église, Mar Abda, datant de l’époque des croisades, et d’autres églises des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Pour redescendre vers Beyrouth, on peut faire un détour en remontant vers Toula où l’on peut visiter et prier en l’église saint Doumit, ou encore faire une halte spirituelle à la Laure Abana- Notre Père, puis il faut reprendre la route qui conduit vers Jran, non sans avoir fait un crochet par le village de Sghar. Ensuite, une étape importante et agréable est la visite de la vieille forteresse de Smar Jbeil puis celle de la « Colline inspirée » de Ghouma réalisée par l’ingénieur Pierre Bassil, et enfin celle de l’atelier des frères sculpteurs Basbous à Rachana. On débouche ensuite sur Madfoun, pour reprendre l’autoroute vers la capitale.