Les religieux et les consacrés ont- ils besoin de se retirer au désert comme nous?

Oui! Les personnes consacrées au service de Dieu ont plus que tous besoin de ce retour à l’intériorité. Dans un discours aux supérieurs d’un ordre de religieux contemplatifs, Paul VI a dit : « Aujourd’hui nous sommes dans un monde qui semble aux prises avec une fièvre qui s’infiltre jusque dans le sanctuaire et dans la solitude. Bruit et vacarme ont pratiquement envahi toute chose. Les personnes n’arrivent plus à se recueillir. En proie à mille distractions, celles-ci dissipent généralement leurs énergies derrière les différentes formes de la culture moderne. Journaux, revues, livres envahissent l’intimité de nos maisons et de nos cœurs. Il est plus difficile qu’autrefois de trouver l’occasion pour ce recueillement dans lequel l’âme parvient à être pleinement occupée en Dieu ». Mais essayons de voir comment faire, concrètement, pour retrouver et conserver cette habitude de l’intériorité. Moïse était un homme très actif. Mais on lit qu’il s’était fait construire une tente portable et qu’à chaque étape de son exode il la fixait à l’extérieur du campement, y entrant régulièrement pour consulter le Seigneur. Là le Seigneur parlait avec Moïse « face à face, comme on parle d’homme à homme » (Ex. 33, 11). Mais on ne peut pas faire cela non plus tout le temps. Se retirer dans une chapelle ou dans un lieu solitaire pour retrouver le contact avec Dieu n’est pas toujours possible. Saint François d’Assise suggère donc un autre moyen plus à portée de main. En envoyant ses frères sur les routes de monde, il disait: Nous avons un ermitage toujours avec nous, partout où nous allons et à chaque fois que nous le voulons nous pouvons, comme ermites, retourner à l’intérieur de cet ermitage. « Frère le corps est l’ermitage et l’âme l’ermite qui l’habite pour prier Dieu et méditer ». C’est comme avoir un désert toujours « en bas de chez soi » ou mieux « à l’intérieur de chez soi », où se retirer par la pensée à chaque moment, voire en marchant dans la rue. Ecoutons cette exhortation que saint Anselme d’Aoste nous adresse dans son fameux ouvrage : « Ô homme ! Plein de misère et de faiblesse, sors un moment de tes occupations, loin du tumulte de tes pensées. Éloigne de ton esprit tes laborieuses préoccupations. Cherche Dieu un moment. Entre dans le sanctuaire de ton âme, exclus tout, à l’exception de Dieu et de ce qui t’aide à le chercher, et, à porte fermée, dit à Dieu: Je cherche ton visage. C’est ton visage que je cherche, Seigneur ».