Revenir au cœur signifie- i- il revenir à ce qu’il y a de plus personnel et d’intérieur en nous?

OUI! Bravo! Mais l’intériorité est malheureusement une valeur en crise. Certaines causes de cette crise sont lointaines et touchent à notre nature même. Notre « composition », soit le fait d’être constitués de chair et d’esprit, fait que nous sommes comme un plan incliné, mais incliné vers l’extérieur, le visible et le multiple. Comme l’univers, après l’explosion initiale (le fameux Bing Bang), nous sommes nous aussi en phase d’expansion et d’éloignement du centre. Nous sommes perpétuellement « en sortie », par ces cinq portes ou fenêtres que sont nos sens. Sainte Thérèse d’Avila a écrit une œuvre intitulée Le château intérieur qui est certainement un des résultats les plus avancés de la doctrine chrétienne concernant l’intériorité. Mais il existe, hélas, aussi un « château extérieur » et aujourd’hui nous constatons qu’il est possible d’y être enfermés. Enfermés en dehors de chez soi, incapables de revenir. Prisonniers de l’extériorité! Que de personnes parmi nous devraient faire sienne l’amère constatation d’Augustin à propos de sa propre vie avant sa conversion : « Bien tard, je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard, je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors, et c’est là que je te cherchais. Et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas ».