Le Burn- out , est-ce le mal nouveau de notre siècle?

Le burn-out, le mal de la décennie ? Probablement pas. Il n’est pas impossible que ce syndrome d’épuisement professionnel soit apparu dès la naissance de la notion de travail, formidablement complexe, au Moyen Âge. D’un point de vue historique, le XIXe siècle, avec ses révolutions industrielles et ses combats sociaux et ouvriers, a été à l’origine de bien des aspects du travail contemporain. Pourtant, des débats semblables – sur certains points, du moins – avaient déjà lieu au Moyen Âge. Le mot "travail" n’apparaît dans le langage courant qu’à la fin du XVe siècle et son étymologie pourrait être très parlante à tout amateur de longues grasses matinées. Il viendrait en effet du mot latin tripallium, qui désigne un instrument de torture à trois pieux pour punir les esclaves rebelles – difficile d’avoir une vision plus négative du travail ! Cette funeste étymologie reste néanmoins sujette à débat. Mais on peut défendre l’idée que l’on pouvait concevoir le travail autrement que comme une souffrance et plutôt comme un dépassement de soi et un bienfait. Le mot "travail" n’apparaît dans le langage courant qu’à la fin du XVe siècle. Cette complexité conceptuelle autour du travail se retrouve aussi dans les mots du Moyen Âge. En effet, jusqu’à la fin de l’époque médiévale, le terme de "travail" n’a pas encore émergé. On utilise d’autres vocables qui se rapportent chacun à des visions très différentes du travail. Le travail peut être le labor, qui donnera le mot "labeur", c’est-à-dire une peine. Mais il peut aussi être une ars, autrement dit le métier de "l’artisan", ou encore un opus, d’où est issu le mot très noble d’"œuvre". Ces différentes conceptions peuvent ainsi tout à fait nous ramener à notre actualité où certains subissent leur travail tandis que d’autres peuvent le vivre comme une source de fierté et d’accomplissement. Par rapport à ces deux conceptions opposées, le labor médiéval est lui-même une notion plus complexe qu’il n’y paraît. D’un côté, le travail représente le prix à payer pour le péché originel : dans la Genèse, Dieu condamne Adam au travail manuel des champs et Ève au travail de l’enfantement. De l’autre, le Moyen Âge a également fait du labor une activité valorisante. Ainsi, entre le XIe et XIIIe siècle, période de croissance économique, le travail a une véritable dimension spirituelle : le paysan travaille la terre pour l’amour de Dieu et on attend des moines qu’ils ne fassent pas que prier et méditer mais œuvrent aussi à recopier des manuscrits ou à bêcher les champs. Ces deux visions cohabitent sans que jamais l’une ne l’emporte sur l’autre, ce qui a fait du Moyen Âge une période de réflexion et de débat intense sur le travail. La figure du Christ elle-même est au centre de cette dualité : d’un côté, aucun texte du Nouveau Testament ne présente Jésus en train de travailler et ce dernier fait l’éloge des oiseaux du ciel qui "ne sèment ni ne moissonnent" (Matthieu 6 :26) ; de l’autre, Jésus est associé à son père humain, Joseph, travailleur par excellence car tantôt charpentier, tantôt forgeron.