Amma- Mère vous parlez souvent du terrorisme du JACASSEMENT: peut-on jeûner de mauvaises paroles justement?

Oui, un autre des jeûnes que nous pouvons faire pendant le carême, est celui des paroles méchantes. Saint Paul recommande : « Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, que ce soit une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui vous écoutent »(Ep 4, 29). Les mauvaises paroles ne sont pas seulement les gros mots; ce sont aussi les paroles coupantes, négatives, qui mettent en lumière systématiquement le côté faible du frère, des paroles qui sèment discorde et soupçons. Dans la vie d’une famille ou d’une communauté, ces paroles ont le pouvoir d’enfermer chacun sur soi, de glacer, en créant amertume et ressentiment. A la lettre, « elles mortifient », c’est-à-dire qu’elles donnent la mort. Saint Jacques disait que la langue est pleine de venin mortel; avec elle on peut bénir Dieu ou le maudire, ressusciter un frère ou le tuer (cf. Jc. 3, 1-12). Une parole peut faire plus de mal qu’un coup de poing. Dans l’évangile de Matthieu, il y a une parole de Jésus qui fait trembler les lecteurs de l’Évangile, depuis toujours : « Je vous le dis : toute parole creuse que prononceront les hommes, ils devront en rendre compte au jour du Jugement » (Mt 12, 36). Jésus n’entend certes pas condamner toute parole inutile, dans le sens de non « strictement nécessaire ». Pris au sens passif, le terme argon (a = sans, ergon = œuvre) utilisé dans l’Évangile indique la parole privée de fondement, donc la calomnie; pris au sens actif, il signifie parole qui ne fonde rien, qui ne sert même pas à la détente nécessaire. Saint Paul recommandait au disciple Timothée : « Quant aux bavardages impies, évite-les ; leurs auteurs progressent sans cesse en impiété » (2 Tim 2,16). Une recommandation que le pape François nous a faite plus d’une fois. La parole inutile (argon) est le contraire de la parole de Dieu qui est appelée, en effet, par opposition, energes, (1 Thess 2, 13; He 4,12), c’est-à-dire efficace, créative, pleine d’énergie et utile à tout. En ce sens, donc, ce dont les hommes devront rendre compte au jour du jugement est, en premier lieu, la parole creuse, sans foi et sans onction, prononcée par celui qui devrait au contraire prononcer les paroles de Dieu qui sont « esprit et vie », surtout au moment où il exerce le ministère de la Parole.